FN : des doutes sur la capacité à gouverner au sein même du parti

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De nombreux cadres du parti d’extrême droite estiment que le FN n’est pas prêt à gouverner. Ni maintenant ni en 2017.

Marine Le Pen, le 27 mai 2017, à Nanterre. (archives)

 

Crédit : FRED DUFOUR / AFP

Marine Le Pen, le 27 mai 2017, à Nanterre. (archives)

Le Front national, fort de sondages et d’une conjoncture favorables, se dit d’ores et déjà prêt à gouverner en cas de dissolution, mais en privé, plusieurs cadres s’interrogent sur les capacités du parti à exercer le pouvoir.

Dans tous les médias et sur toutes les estrades de France, ses dirigeants le répètent indéfiniment: oui, François Hollande doit « dissoudre » et oui, le FN est prêt à prendre le pouvoir, à Matignon voire à l’Elysée, pour changer « radicalement de politique ».

Collectifs sur les jeunes entrepreneurs ou l’environnement, remise à flot du club de réflexion Idées nations, mise en avant d' »experts » : en cette rentrée, le FN veut convaincre les Français qu’il ne lui manque que leur autorisation pour se saisir efficacement des rênes du pouvoir.

Le message est d’autant plus martelé qu’outre le contexte politique, les sondages sont favorables, avec celui de l’Ifop vendredi dernier qui donnait Marine Le Pen pour la première fois gagnante contre François Hollande en cas de second tour d’une élection présidentielle -elle serait toujours battue par tous les ténors de l’UMP. Si dissolution il y a, « le FN peut obtenir une majorité », a-t-elle répété mardi.

Et autour d’elle, la présidente du FN a certifié qu' »il y a énormément de gens au FN prêts à prendre leurs responsabilités, qui ont des compétences reconnues dans leur milieu », citant le nom de certains de ses conseillers inconnus du grand public.

« Quincaillerie des années soixante »

Le FN prêt pour le pouvoir ? « Ce qui est sûr, c’est que les autres se montrent incapables de gouverner, ne défendant pas une politique à laquelle les Français aspirent. Et puis c’est instabilité et amateurisme, de remaniement en remaniement », renverse Nicolas Bay, secrétaire général adjoint du parti. « De nombreux dirigeants et cadres du mouvement, et même d’autres, sont des pointures dans leurs domaines -je pense par exemple à Florian Philippot », appuie David Rachline, maire FN de Fréjus (Var).

Pourtant, lorsque les micros sont éteints, plusieurs cadres émettent des doutes, voire des inquiétudes à l’idée de voir le parti gouverner demain. « En termes d’élus, de réseaux, de tissus dans le réseau social et citoyen, c’est extrêmement pauvre. De nombreux cadres me disent: ‘On n’est pas encore prêts et si on gagnait 2017, ça serait dramatique. On n’a pas la culture de gouvernement et la capacité humaine pour exercer le pouvoir' », juge Sylvain Crépon, sociologue spécialiste du FN.

Premier problème: la structure. « Le FN connaît un développement extrêmement rapide, nous travaillons à ce que son organisation humaine soit en adéquation avec son poids électoral », euphémise un député européen. « On a des résultats miraculeux avec une quincaillerie des années soixante », s’étonne un membre du bureau politique.

Un membre du bureau exécutif, la plus haute instance du parti, le reconnaît, pas forcément alarmé: « On est en crise de croissance ». Ce sera d’ailleurs l’un des principaux enjeux du congrès de fin novembre. « Nous (y) améliorerons encore le fonctionnement de notre mouvement », promettait Marine Le Pen fin août.

Une victoire en 2017? « Dramatique »

Mais il faudra plus, alors que le FN exclut toute alliance et ne compte donc que sur des ralliements : des hommes et femmes pour incarner le pouvoir. « Marine est prête, les autres non », tranche le membre du bureau politique déjà cité.

« Vous imaginez demain ‘Marine’ à l’Elysée ? Il n’y a pas assez de ministres ! Qui est son directeur de cabinet ? Qui est ambassadeur à Washington ? S’il n’y a qu’une dissolution, et qu’on peut avoir 150 députés, on met qui ? » s’étrangle un frontiste qui connaît bien l’appareil. Quelques voix s’interrogent déjà sur le choix des eurodéputés FN, estimant que certains ne se distinguent pas par leur travail.

Dans un documentaire diffusé en avril sur LCP, Jean-Marie Le Pen, qui avait accédé au second tour de la présidentielle en 2002, était interrogé sur la capacité à gouverner du FN à l’époque: « Non, non, nous n’étions pas prêts à prendre le pouvoir« , répondait-il. Et de nuancer aussitôt : « On peut être président sans (y) être prêt. » La victoire en 2017 ? Un cadre historique résume la stratégie : « Un objectif, ça fait avancer tout. On met la locomotive devant, et les wagons s’accrochent… »

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